Le conte avec nos aînés

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Dans ma pratique de psychologue en EHPAD (Etablissement d’Hébergement pour Personne Âgée Dépendante), je propose aux résidents d’inventer un conte.

Je vais à la rencontre des résidents dans leur chambre en leur proposant d’inventer un bout du conte. Je complète cette invitation avec la formule « dans un conte, c’est la porte de l’imaginaire qui peut s’ouvrir et tout est possible, vous êtes libres ». Cette consigne a pour objectif caché de leur proposer que l’on ouvre ensemble la porte de l’imaginaire vers un espace de liberté et de possibles. Car en EHPAD, les résidents peuvent souffrir d’un sentiment d’enfermement, de limites dans leur corps et leurs possibilités à se déplacer, à voyager, à voir certaines personnes.

L’atelier conte que je propose est d’autant plus important en ce moment de confinement car il fait lien entre les résidents qui sont isolés chacun dans leur chambre. Je leur propose ainsi d’écrire un conte ensemble, mais séparément. Comme un cadavre exquis. Le premier résident décide du « où se passe le conte » puis le 2ème choisi le « qui » etc… Cela leur permet de découvrir la richesse du monde imaginaire des autres résidents et parfois cela attise leur curiosité de les connaitre davantage. Faire du ensemble mais séparément, voilà un défi ! Le conte, de par sa forme contenante, permet cet « ensemble » sans pour autant lisser les singularités de chacun puisque chaque résident dicte sa propre histoire.

Je suis en position d’écriture et je tente de ne pas influencer le récit du résident. Mais parfois, je suis aussi embarquée dans leur récit et lorsqu’ils inventent des rebondissements, sur mon visage ça s’emballe.

Je suis aussi en position de lecture car je relis pour chacun le début du conte jusqu’au point où c’est à lui d’inventer la suite. Lors des lectures, je vois le visage de la personne qui « décolle » vers l’imaginaire. Le conte est posé par un ancrage de lieu, de personnages. Lorsque ce décor est posé, il est surprenant de voir comment l’écoutant « part » dans son imaginaire et ses images mentales.

Les résidents sont dans un besoin de transmettre leurs récits. Le conte est une invitation à venir déposer un bout de leurs propres histoires en utilisant les personnages, les lieux.

L’ancien peut être plutôt à l’aise dans le récit oral. Cette posture le replace en tant que « sage » qui transmet son expérience.

Lorsque le résident a fini d’énoncer son bout de conte, je lui demande de m’indiquer vers quel autre résident il souhaite que je me dirige. Cette notion là est importante car il s’agit de faire lien entre les résidents mais aussi permet au résident d’imaginer qui serait enclin à poursuivre le conte à cette étape là. Par exemple, hier une résidente était assez septique d’inviter sa voisine de table car elle imaginait qu’elle ne devait pas être trop romantique pour continuer d’inventer le conte à l’étape de la rencontre amoureuse.

Le conte peut faire lien avec d’autres personnes que les résidents. Hier, une résidente a souhaité inviter un membre du personnel pour poursuivre le conte. Ainsi, je crois que le conte peut rassembler « autour du feu » toute personne au-delà de son âge, de son statut, de son niveau d’étude, de son sexe. Le conte parle de cette voix universelle en chacun de nous.

Avant de partir, je laisse le résident en lui disant que je reviendrai lui lire le conte en entier, et je tente ainsi de le laisser dans une forme de suspens, laissant la porte de l’imaginaire et des désirs ouverte.

Le conte des anciens écrits par les anciens aborde leurs problématiques actuelles ou passés. Ainsi, il y a des invariants dans le conte qui peuvent être intéressants à mettre en avant afin de mieux cerner qui sont les anciens, que cherchent-ils, quels sont les conflits, leurs angoisses, leurs espoirs, valeurs et ancrages ? Cela fera l’objet d’un autre article …

Pour l’heure, je partage un des contes, bonne écoute !

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